1 Mai 2020 > 31 Mai 2020
Arriving and arriving and arriving

En ces temps délicats où il convient d’être attentif.ve à soi et aux autres, nous avons convié plusieurs artistes à proposer une action/réflexion artistique au départ de notre situation commune de confinement et de ses conséquences sur la notion d’espace public.

Arriving and arriving and arriving

Depuis 2012, Rajni a décidé de se détourner d'une carrière artistique pour se concentrer sur sa recherche autour de l'écoute et du rassemblement en tant qu'actes politiques. Nous avons malgré tout voulu lui soumettre notre questionnement sur l'espace public confiné.

Rajni nous a répondu avec enthousiasme et a écrit un texte sur son voyage, ses sentiments et observations pendant la pandémie. Le texte se trouve ci-contre et peut être également lu sur son blog.

De plus, voici quelques mots que Rajni a écrits sur cette invitation:

"J'étais ravi·e lorsque Charlotte m'a contacté·e pour me demander si je voulais participer au projet "Espace public confiné". J'ai compris, d'après ses mots, qu'il y avait une vraie générosité dans cet acte : le CIFAS voulait soutenir les artistes, avec du temps, avec soin, sans aucune pression de produire quoique ce soit. Pour moi, ce genre de soutien fait partie de la construction d'un monde dans lequel les systèmes de valeurs sont centrés sur l'écoute et le processus d'une manière qui est souvent complètement absente du monde de l'art professionnel ou même des arts communautaires. Cela m'a semblé juste.
Ceci étant, au moment de l'invitation, je bénéficiais encore d'un revenu dans le cadre d'un poste de recherches que j'ai occupé pendant deux ans à l'université Concordia au Canada. J'ai donc demandé à Charlotte si mon cachet pouvait être versé à un·e autre artiste, sans revenu, et si cela pouvait faire partie de ce travail. Il m'a semblé que, en réponse à la générosité, à la redistribution des fonds et à la confiance dont le CIFAS fait preuve, je pouvais faire la même chose. J'ai donc accepté l'invitation, et j'ai utilisé ce temps pour écrire un texte sur mon blog. Mais j'ai également pu faire don du cachet à quelqu'un qui en avait plus besoin que moi à ce moment-là. La personne à qui je les ai donnés en a exprimé le sens mieux que moi :

"C'était un moment de don qui était si beau et sans condition... Si nous pouvions tous sentir cela, entre nous, nous serions extrêmement forts et à un endroit très différent. Nous ne pourrions plus fermer les yeux et continuer à vivre avec le capitalisme. Nous n'en serions tout simplement pas capables".


Je nous souhaite de ne plus pouvoir fermer les yeux et de ne plus pouvoir continuer à vivre avec le capitalisme !"

Rajni Shah, Sydney, juin 2020

 

Rajni Shah (UK/AUS)


Rajni Shah est une artiste dont la pratique se concentre principalement sur l'écoute et le rassemblement comme actes créatifs et politiques.

Parmi ses projets - toujours créés en collaboration avec d'autres personnes: hold each as we fall (1999), Mr Quiver (2005-8), small gifts (2006-8), Dinner with America (2007-9), Glorious (2010-12), Experiments in Listening (2014-15), Lying Fallow (2014-15), I don’t know how (to decolonise myself) (2018), Feminist Killjoys Reading Group (2016-2020), Listening Tables (2018-21), et Ropewalk (2019).

L'espace public confiné

Cela fait 10 ans que le CIFAS s’intéresse au travail artistique dans l’espace public. Nous investissons la ville comme espace ouvert de réflexion et d’action, en y organisant des ateliers, des débats et des interventions artistiques.

Dans cet espace public, le rôle de l’artiste est complexe et varié : offrir de nouvelles perspectives esthétiques, créer du lien social, réinventer les spectateur·rice·s, contribuer au renouveau urbain… Les stratégies artistiques à y déployer rencontrent des nécessités et des contraintes bien différentes des espaces habituellement réservés à l’art (salles de théâtre ou d’exposition).

Aujourd’hui, avec la crise liée à la propagation du Covid-19, l’espace public est mis à mal : il n’est plus possible de se déplacer, se croiser, se côtoyer ou se réunir. Choc social que nous vivons chacun·e confiné·e·s dans nos sphères privées. Alors comment faire de l’art à l’heure où chacun·e craint pour sa santé et celles de ses proches, et se demande quand et comment il sera possible de retrouver une vie urbaine? Existe-t-il un art du confinement ? Quelles stratégies artistiques inventer pour continuer de créer dans ces conditions ? Qu’est devenu l’espace public aujourd’hui ?

En ces temps délicats où il convient d’être attentif.ve à soi et aux autres, nous avons convié plusieurs artistes à proposer une action/réflexion artistique au départ de notre situation commune de confinement et de ses conséquences sur la notion d’espace public.