8 Juin 2015 > 12 Juin 2015
Gratuit
Déjeuner offert
Candidatures (courte lettre de motivation + CV) avant le 20 mai 2015

L'inscription peut se faire via le formulaire accessible sur ce site version classique.
Artistes saint-gillois
Français
Lundi 8 > Vendredi 12 juin
10h > 14h
Vernissage Vendredi 11 septembre
Maison Pelgrims
Rue de Parme 69
Bruxelles 1060
Géographie Subjective

Une carte subjective est une carte réalisée par un groupe d'habitants avec l'aide d'une équipe d'artistes et de géographes.
Elle est ensuite imprimée et rendue publique dans les espaces de communication des villes.
 

Cartographier son territoire
Catherine Jourdan, psychologue et artiste documentaire, mène depuis plusieurs années un projet à plusieurs : le documentaire cartographique. Son nom ? La géographie subjective. Presque un pléonasme, mais n’entrons pas dans le débat, car nous pourrions chercher longtemps une carte dite objective... Il s'agit donc de donner ses heures de gloire à une géographie sensible, parfaitement exacte ou inexacte, buissonnière, personnelle et collective et la rendre publique par le biais d'une carte.

Un pastiche
Une carte dite « subjective » représente donc la vision qu’a un groupe de son territoire, de sa ville à un temps donné. On l'aura compris, elle ne se base pas sur des données réelles (comme la distance, la disposition et la fonction sociale des lieux…) mais sur les impressions des habitants. Subjective elle l’est par son objectif ! On y retrouve donc les souvenirs, les histoires de lieux intimes ou non, les idées hâtives, les croyances.  Cette carte pointe aussi bien les espaces rêvés que ceux du quotidien. Elle invente de la fiction autant qu’elle dit. Mais n’a-t-on pas toujours besoin d’inventer le réel pour pouvoir le penser ? Le réel tout seul, parlerait-il ?

Arrêt sur image de la ville, la carte subjective est un prétexte pour raconter aux autres son quartier, son territoire, ses chemins. Parlant de soi et de l'autre: elle dit et imagine une manière de vivre ensemble un territoire.
Jouant des codes de la cartographie officielle, elle s'octroie quelque peu de légitimité et permet de présenter avec sérieux la vision subjective de celui qu’il l’a produite. La géographie subjective est donc un pastiche sérieux.

Au terme de la création, l’exposition des cartes dans la rue, suscite un débat informel sur la ville et la place tenue par chacun en son sein. La carte ainsi exposée publiquement fonctionnerait comme une «invitation à dire» son parcours, « à projeter » sa représentation de la vie collective, à déconstruire les évidences.

Notre identité ne viendrait pas d’un sol ou d’une prétendue identité territoriale fixe ? Notre territoire n’est pas ce que nous voyons autour de nous ? Voilà donc les concepts d’identité, de territoire, d’espace public partis en goguette...

Un merveilleux point de départ en somme pour tracer, penser, dessiner ensemble cette réalité qui nous entoure et se drape dans les plis de la dite évidence !


www.geographiesubjective.org

Saint-Gilles

Catherine Jourdan viendra mener deux ateliers avec deux groupes cibles spécifiques; d'une part avec les bénéficiaires du CPAS et d'autre part, avec des artistes.

Suite à ces ateliers, Catherine Jourdan mettra en commun les visions et les idées des deux groupes pour réaliser une carte commune qui sera ensuite imprimée et affichée dans divers lieux de la commune, notamment sur les panneaux publicitaires publics.
La carte sera également en vente dans divers lieux de la commune déterminés par ses concepteurs (maison de la culture, office du tourisme, mais également commerces de proximité, lieux emblématiques, etc.)

Le résultat du projet "Géographie Subjective" sera présenté dans le cadre de SIGNAL - université d'été et interventions urbaines qui se tiendra à Saint-Gilles du 9 au 12 septembre 2015.

Atelier I
25 > 29 mai
Cet atelier s'adresse aux bénéficiaires du CPAS

Atelier II
8 > 12 juin
Cet atelier s'adresse aux artistes Saint-Gillois

Des rencontres/échanges entre les groupes des deux ateliers sont prévus, les dates seront déterminées ultérieurement.

Vernissage
11 septembre au Centre Culturel Jacques Franck

Catherine Jourdan

Après un master de philosophie à l'université Paris X Nanterre en 2002 et un court temps d'enseignement, Catherine Jourdan s’est orientée vers la pratique artistique.

Sculpture, installation, vidéo, performance... pour inventer des trajectoires. Le dernier projet dit « artistique » qu’elle conduit est celui de Géographie subjective, depuis 2009.

Depuis 2011, elle est titulaire d'un master de psychopathologie clinique d’orientation analytique et travaille en qualité de psychologue clinicienne. Elle partage son temps entre l'écoute clinique et la pratique documentaire.
 

 

"Tracer le commun" - Article paru dans Klaxon 3

"Tracer le commun"

Article paru dans Klaxon 3 "Ville tracé" - Téléchargeable gratuitement sur www.cifas.be/klaxon
par Florent Lahache et Catherine Jourdan
    
Un projet hybride
Géographie subjective est le nom d’un projet qui souhaite donner ses pleins droits à une géographie buissonnière, collective, aussi rigoureuse que déformée, par le biais d’une carte. La carte dite « subjective » est réalisée par un groupe d’habitants avec notre aide (Catherine Jourdan, artiste et Pierre Cahurel, graphiste). Elle est ensuite imprimée et rendue publique dans les espaces d'affichage des villes. Depuis 2008, douze villes européennes (Nantes, Rennes, Luxembourg, Brive, Charleroi...) se sont prêtées au jeu de cette création collective : créer leur carte de la ville vue par ses habitants.
Concrètement, comment se passe la création d'une carte ? Un ou deux groupes d'habitants d'une ville, constitués par l'institution qui accueille le projet (école, musée, collectivité territoriale...) sont conviés, lors d'un temps de résidence, à venir produire collectivement une image de la ville. Ce collectif éphémère s'organise autour de feuilles blanches, d'ordinateurs et d'enregistreurs pour dessiner, penser, dire, nommer la ville depuis une subjectivité postulée : le commun.
Au cours du processus, il ne s'agit pas tant de recueillir ce qui serait une image de la ville, car on ne postule pas qu'une telle image préexiste à l'action de la dire ou de la tracer. Il s'agit davantage d'en construire ensemble une représentation discursive par la main et la parole, ces deux dernières se secondant l'une l'autre successivement et simultanément. Au terme du travail, cette représentation est offerte au public comme objet à commenter, à déconstruire, à augmenter.

Toute carte est une vue de l'esprit
Au départ du projet se trouve une préoccupation solipsiste ingénue : s'il n'y a de réalité que celle que je perçois, quelle est alors la réalité de l'autre ? Ce questionnement général s’est arrimé à la problématique de l'espace, de la ville. Presque naturellement, cela a pris la forme d'une carte. Rien de tel qu'une carte pour donner l'illusion d'attraper le réel tout entier, d'un seul geste. Métaphore idéale de la pulsion intellectuelle, elle présente un monde miniaturisé qui n'a ni odeur ni température, un territoire maîtrisé rivalisant avec le ciel des idées !
Bref, toute carte raterait nécessairement la chair des lieux et assignerait les gens à des places non vécues.
Or, c'est depuis cet objet qui veut être partout et qui n'est nulle part que nous cherchons à créer les cartes de quelque part. Il y a là une position impossible. C'est depuis cette tension que nous tentons de faire entrer le « monde » dans la carte et voir ce que cela donne. Cette pratique s'est socialement inscrite et a pris un nom à la hâte : « géographie subjective ».

Géographie subjective, un nom
La formule tient de l'oxymore ou du pléonasme, selon que l'on se place du point de vue du sens commun ou de la réflexivité épistémologique. Oxymore, car la géographie se veut objectivante : elle produit le point de vue abstrait d’où se totalise un territoire. La carte n’est fondamentalement le point de vue de personne. Parler de « géographie subjective », c’est donc nécessairement entrer dans un espace de métaphores : le tracé géométrique est débordé par des images, des perceptions, des anecdotes signifiantes. La carte est un discours, pas un diagramme. Pléonasme pourtant, car on pourra chercher longtemps le cartographe convaincu que sa carte est une copie objective de la réalité. Toute carte est le produit d'un discours et porte la trace de celui qui l'a produite.

Collages cartographiques
Si la formule fonctionne (convainc, séduit) pour expliquer la nature du projet, il ne s’agit pourtant à proprement parler ni de géographie, ni de subjectivité. Les cartes produites tiennent davantage de l'assemblage, du collage de paroles, de formes, de lignes, morceaux hétérogènes cohabitant sur une même feuille. Et ces collages de discours ne sont pas exactement subjectifs (individuels), ils sont d’abord collectifs (pluriels). Le processus de création court-circuite l’opposition représentation objective/représentation subjective. Ce qui apparaît en pratique, ce sont des expériences collectives parlées-dessinées. Toutes ont trait à ce qui se noue imaginairement avec les autres dans un lieu. Feuille blanche au départ, la carte est ce lieu où des rapports immatériels viennent se dire et dont les coulisses sont figurées par ces mains qui dialoguent, inscrivent, hésitent, complètent, raturent, filent, dessinent, négocient un tracé – des mains pensantes. Ce processus cartographique est un concert chaotique dont la partition s’écrit dans l'après-coup. Raison pour laquelle la géographie subjective est anti-littérale : le sens ne vient pas s’y fixer, mais déborder, remuer, fourmiller, se stratifier.

Esquisser du commun
La carte subjective met à plat sans adopter un point de vue de surplomb : elle est faite « avec » les points de vue de chacun. La question n’y est pas l’ordre du territoire, mais la valeur des lieux : des humeurs, des récits, des sensations. En prenant la muselière de la cartographie comme porte-voix, le projet pose une autorité (le point de vue de personne) qu’il s’agit justement de défaire. Car la carte ne prescrit rien : elle laisse les énoncés aller. Elle ne résout pas les problèmes, elle cherche à les formuler. Elle ne répond à aucun autre programme que celui de s’entendre parler du commun.
Ce commun qu'elle cherche à approcher, c’est « la ville » qui l’incarne. Celle-ci est d’abord un prétexte (un support) pour proposer un espace de jeu décentré : on ne parle pas de soi, on parle de la ville, et parlant de la ville, on parle de ce qu’il y a de commun de soi aux autres. En cela, la carte est un objet-tiers, transitionnel, permettant de formuler la manière dont se noue des subjectivités.

Un jeu documentaire
L’allure enfantine (colorée, bigarrée, malhabile) des cartes signale un rapport dédramatisé au territoire. Ce choix graphique rend compte de la dimension ludique du processus : raconter la ville, c’est jouer à se la raconter mutuellement, à en être le passeur indigène pour un autre – dire l’endroit où la ville fait vivre, fait mal, fait rire, où elle nous identifie et par où on s’en échappe (et la fuite n’y est pas moins importante que la clôture). Ce graphisme élémentaire et multiple est le signe d'une autorisation : il est avant-tout la marque d'un style anti-autoritaire.
Les cartes sont délibérément débarrassées d'un certain esprit de sérieux (celui du discours sociologique par exemple) qui ferait barrage aux possibles. Ce qui se dépose dans le processus de parole-dessinée, c’est une joie élémentaire : celle de reprendre la main sur des expériences qui ne se disent pas. En pratique, le mode d’expression privilégié des participants est l’exclamatif : marqueur non de la découverte, mais de la redécouverte.

Plus que d'un projet artistique, on pourrait dire de la Géographie subjective qu’elle est un genre hybride de documentaire : un documentaire cartographique, narratif et collectif.